Le carrosse du sacre de Louis XVI - 11 juin 1775

  • Gravure du carrosse du sacre du roi Louis XVI à Reims, le 2 juin 1775. Peinture et sculpture d'Aubert, bronzes de Louis Prieur © RMN-GP (Château de Versailles) / Droits réservés
  • Projet de carrosse pour le Sacre de Louis XVI en 1774, par François Joseph Bellanger © RMN-GP (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet


En 1 000 ans, Louis XVI est le 32ème souverain sacré à Reims. La cérémonie religieuse – qui élève le roi au rang de personne sacrée – a lieu le 11 juin 1775. Pour l'entrée solennelle dans la ville jusqu'à la cathédrale, un nouveau carrosse du corps est commandé. Il est dessiné par Bélanger, architecte et décorateur des Menus Plaisirs.

Tout enrichie de sculptures, de dorures et de broderies, et tirée par huit magnifiques chevaux empanachés, cette berline est en effet superbe. Singulière, elle l'est par son type – celui d'une berline et non d'un carrosse – et par la profusion de son décor sculpté : sur le toit, Minerve entourée de putti jouant avec les attributs des vertus souveraines ; aux angles (pieds corniers), les caryatides figurant les vertus ; au bas de la caisse, encore, des putti soutenant les armes royales… C’est grâce à la gravure de Jean-Louis Prieur que l’on conserve aujourd’hui le souvenir de ce trône ambulant, surchargée d'emblèmes de la royauté, qui n’échappe pas à la vindicte révolutionnaire. La voiture est détruite en 1794 sur ordre de la Convention nationale.

Infos complémentaires

« Cette voiture, monstrueux assemblage de l’or du peuple et de l’excès de la flatterie, est invendable, soit par sa forme colossale, soit par l’énorme réunion de tous les attributs de la féodalité et de la bassesse que des hommes libres doivent se hâter d’anéantir. » Décret de la Convention nationale, 1794
Panneau de la portière gauche de la voiture du sacre de Louis XVI : la redécouverte d’un vestige.
Le panneau de la portière gauche – réapparu en 1946 au musée de Delémont (Jura suisse) et identifié en 1992 – aurait été volé lors de la destruction du carrosse. La caisse, à fond d’or et vernis martin, était ornée sur chaque face d’une scène allégorique unique couvrant tous les panneaux, et représentant les populations de France, l’Agriculture, le Commerce, les Arts et les Sciences, rendant hommage au roi. Ici, Louis XVI, figuré en empereur romain, accueille la France reconnaissable à son manteau fleurdelisé ; ils sont entourés des Vertus liées à l’exercice du pouvoir : l’Abondance, la Justice et la Vigilance. Ce panneau a permis de restituer les dimensions imposantes de la voiture.


Une rencontre improbable
Ce ne serait qu’une anecdote si l’Histoire n’avait conféré a posteriori valeur de symbole à cette rencontre de deux destins.
Brillant élève, Maximilien de Robespierre, né à Arras en 1758, bénéficie d’une bourse de l’abbaye Saint-Vaast pour aller à Paris étudier au prestigieux collège Louis-le-Grand. A 17 ans, en raison de son assiduité au travail, Robespierre a été désigné pour réciter, au nom de ses condisciples, le compliment en vers adressé au couple royal, lorsque Louis XVI et Marie-Antoinette, de retour du sacre en juillet 1775, font leur entrée à Paris.
Remontant la rue St Jacques, la berline royale s’arrête devant le collège. Mais le temps est détestable, il pleut à verse. Les souverains demeurent sans doute dans la voiture, tandis que le jeune homme, tête nue, agenouillé auprès du marchepied, présage aux jeunes époux un règne de bonheur. Le récit de la scène ne mentionne aucune réponse de la part des souverains. Romain Rolland, dans son drame Robespierre (1938) évoque le carrosse repartant et éclaboussant le collégien qui se relève honteux et sombre...